Vendredi, 29 Juillet 2011 10:42
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LE DISTRICT MARAICHER DE LA PATTE D’OIE : Une Muraille Verte en plein cœur de Dakar Favori

Deux cents quatre vingt jardins potagers, c’est ce qui forme en tout cette vaste étendue de terres cultivables de la Capitale sénégalaise. L’espace se trouve entre l’Autoroute à péage, le croisement de Cambérène et est entouré de plusieurs cités telles que la Soprime, la Soprime extension, les Impôts et Domaines, Afia, Patte d’Oie et El Amal. Sa surface est estimée à environ douze (12) hectares : une grande source génératrice de revenues !


L’endroit est vraiment vaste et aéré.

On y respire beaucoup d’air pur. Il y a partout de grands arbres et des plantes. Le décor : palmiers, cocotiers, papayers, bananiers, légumes, fruits et plantes potagères telles que la salade. Il n’y a pas que des immeubles et des routes à Dakar, la Capitale sénégalaise, mais on y trouve également des jardins potagers. Cependant, l’espace maraîcher de la Patte d’Oie est l’objet de notre étude. Ce sont des milliers de maraîchers qui cultivent dans ce milieu. Ici les gens font des allées et retours entre les puits ou coins d’eau et les différents plants de cultures avec des arrosoirs à la main. Hommes, femmes, adultes et enfants, tous s’adonnent au métier du maraîchage. « Nous cultivons dans ces jardins potagers depuis 1937. Le dernier recensement fait état de 2000 personnes qui cultivent ici », témoigne Arona Ndiaye, Vice-président de l’Association des Maraîchers de la Patte d’Oie (A.M.P.O). « Mais si on y ajoute également les commerçants qui viennent dans ce milieu, les gens qui nous vendent l’engrais et autres produits, les charretiers, les femmes qui viennent récupérer la salade et autres, etc. on aura jusqu’à 35.000 personnes qui peuvent vivre de ce milieu », ajoute t-il.

En somme, le maraîchage touche pratiquement beaucoup de secteurs. Entendez là par maraîchage ou agriculture maraîchère, la culture de légumes et de certains fruits, de certaines fines herbes et fleurs à usage alimentaire, de manière intensive ou extensive et professionnelle, c'est-à-dire dans le but d'en faire un profit ou simplement d'en vivre. Auparavant, la superficie de cet espace maraîcher était beaucoup pus vaste. Les gens y cultivaient sans aucune contrainte. Mais de nos jours, plusieurs maraîchers ont perdu leurs parcelles cultivables à cause des inondations. Jean Saliou Fall, membre de l’Association des Maraîchers de la Patte d’Oie, révèle que ces eaux proviennent des sites inondés d’Hann Mariste et de Dalifort. « Il y a presque plus de 30 parcelles qui ne sont plus cultivables. Toutes les eaux qui stagnent et inondent ces deux localités pendant l’hivernage sont refoulées dans ces jardins potagers par le biais de grandes motos-pompes. Les autorités ne veulent pas que ces quartiers et routes ne s’inondent ; mais nous aussi, cela ne nous arrange pas », dit-il. N’est-ce pas là l’adage qui dit « le bonheur des uns fait toujours le malheur des autres ? »

Cette situation met mal à l’aise les membres de l’A.M.P.O. Les maraîchers déplorent tous ces actes et estiment que cet espace doit mériter plus de considération à cause de son importance non seulement dans le pays, mais aussi dans la vie humaine. C’est ainsi qu’ils parlent de « poumon vert de Dakar » pour faire allusion à cet espace maraîcher. Car cette étendue, à travers tous ses grands arbres, absorbe une quantité importante de gaz carbonique et, en retour, dégage de l’oxygène. « Ce qui est bon pour tout environnement », disent-ils. Certainement, c’est ce qui pousse Arona Ndiaye à dire que « le maraîchage est un métier pas comme les autres car le bon Dieu bénit tous ceux qui le font ». Le cultivateur s’appuie sur le fait que le maraîcher a un double rôle à savoir : planter des arbres pour la respiration d’air pur et arroser des plantes potagères pour la nourriture ; et ce, qu’il pleuve ou non. Cette idée est largement partagée par Daly Sène, un cultivateur du milieu. Le maraîcher est revenu sur l’importance de son métier et estime que le maraîchage est meilleur parmi tant d’autres métiers. « Ailleurs, on voit des gens travailler jusqu’à la fin du mois et ne perçoivent pas leurs salaires ou sont mal payés. Par contre ici, on gagne en fonction de ce que l’on cultive », soutient-il.

Plusieurs catégories de plantes potagères sont cultivées dans cet espace maraîcher. Cependant, la salade reste la principale culture dominante avec presque 70% de la production du milieu. « Nous cultivons, en plus de la salade, du ‘nana’, des choux-fleurs, des concombres, du poivron, de la tomate, des aubergines d’Afrique, de la patate, etc. Chaque localité a sa spécialité », déclare Arona Ndiaye. Plusieurs femmes s’activent également dans ce milieu maraîcher de la Patte d’Oie. Les unes ont érigé des tentes faites entièrement à base de feuilles de palmiers. Elles y vendent le petit déjeuner et le déjeuner. Les autres, par contre, viennent recueillir les plantes potagères, les fruits et autres espèces de cultures pour aller les vendre dans les différents marchés de Dakar et même de l’intérieur du pays. Saly Sané est l’une d’elles et s’est longtemps spécialisée dans la vente de la salade. La vendeuse s’est faite une grande clientèle dans ce business au fil des années. « Je vend ma salade à Nord-Foire depuis 09 ans et je ne fais que ça. Parfois je m’en sors bien mais pas toujours », affirme t- elle, toute souriante.

 

Au Sénégal, comme partout ailleurs, les légumes et les plantes potagères sont souvent très sollicités par les populations.

C’est pourquoi le commerce marche bien dans ces jardins potagers en ce qui concerne l’acheminement de la production vers les marchés. En général, les prix ne sont pas fixes mais varient au gré des saisons. « Prenez par exemple la période allant de Janvier à Avril, où la salade ne marche pas bien, on vend le plant de salade à 1000Fcfa. A cette période, la salade murit très vite et n’excède pas 25 jours. Mais en temps de chaleur, donc à partir de Mai, la salade fera plus de 40 jours avant de murir. Le prix du plant de salade passera alors de 1000Fcfa à 7000Fcfa et même plus. Car celle-ci se fera rare dans les marchés », explique Arona Ndiaye. Le plant de salade est une tranche de 3 mètres comportant environ 75 pieds de salade. Généralement, il prend 4 arrosoirs de 10 litres d’eau et ce, 2 fois par jours.

Par ailleurs, toutes ces terres cultivables n’appartiennent à personne d’autre que l’Etat. Les premiers maraîchers qui cultivaient dans ces jardins potagers sont des lébous. Ils ont tous été dédommagés et déplacés des lieux. A présent, cela relève de la propriété de l’Etat sénégalais. Mais les gens y cultivent toujours et la lègue des parcelles se fait de père en fils. « Certains maraîchers sont partis définitivement en vendant tout simplement leur peine, c’est-à-dire les arbres qu’ils y ont plantés ainsi que les puits creusés. Tu leur rembourses tout cela avec une marge d’intérêts et ils te lèguent la parcelle », souligne Jean Saliou Fall. Ce qui signifie qu’il n’existe pas de vente sur papier pour l’obtention d’une quelconque parcelle cultivable. Dans la plupart de ces jardins potagers, les cultivateurs ont creusés des puits à partir desquels ils s’approvisionnent tous les jours pour arroser les plantes.

Cependant, un projet est en voie d’être élaboré dans le site en ce qui concerne l’eau. Il s’agit d’un partenariat entre l’Etat du Sénégal et plusieurs grandes organisations dont la F.A.O, l’O.M.S (Organisation Mondiale de la Santé), ENDA Tiers-Monde et le Royaume Uni d’Espagne. Cette initiative fait suite aux résultats des chercheurs de l’IFAN qui montrent l’existence de larves dans l’eau de ces jardins. Ce qui est dangereux pour les consommateurs. « Le projet consiste à évacuer de l’eau traitée par l’ONAS vers ces jardins potagers à travers des branchements. Ils ont notre accord pour ce projet qui est déjà entré en vigueur à Pikine », révèle Saliou Fall.

A l’époque, toute l’étendue allant de la Patte d’Oie à Thiaroye en passant par Pikine n’était constituée que de terres cultivables, de jardins potagers.

De nos jours, les gens ont construit des maisons sur presque toute la périphérie de cet espace maraîcher. Jean Saliou Fall déclare que cette situation participe beaucoup à la dégradation du milieu. « Les terrains sont vendus dans l’inobservation des lois et normes, et ce, depuis plus de 20 ans.

Le maire de Dakar Khalifa Ababacar Sall avait dit lors de sa visite sur les lieux qu’il était la seule personne habilité à délivrer un permis de construire, mais n’empêche, les gens y construisent toujours de manière frauduleuse », déplore t- il. L’Association des Maraîchers de la Patte d’Oie a longtemps lutté contre ce phénomène de construction de maisons autour des jardins. Ces maraîchers n’ont jamais cessé d’attirer l’attention des autorités étatiques par rapport à ce problème. C’est ainsi que le Programme d’Actions pour la Sauvegarde et le Développement Urbain des Niayes et « zones vertes » de Dakar (PASDUNE) a vu le jour mais sans aucun résultat.

Ledit programme a été signé sous décret présidentiel datant du 15 octobre 2002 par le Premier ministre Mame Madior Boye. « Nous avons contacté la Brigade du sol et leurs agents sont venus à maintes reprises faire des constats. Malgré tout cela, le problème perdure toujours », ajoute t- il. A cela s’ajoutent le problème des ordures ménagères qui proviennent de ces maisons environnantes, le problème de l’huile dégagée par le dépôt de ferraille récemment instauré sur le site et enfin, le problème de la fumée provenant du marché de poissons fumés également installé dans le site.

Tout cela participe largement à la dégradation de ces jardins potagers. C’est pourquoi, l’association des Maraîchers de la Patte d’Oie invite le gouvernement à déplacer le plus rapidement possible toutes ces personnes insouciantes de la préservation de leur environnement potager. Le milieu maraîcher, leur moyen de subsistance !

 

Yves TENDENG

 

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Dernière modification le Vendredi, 29 Juillet 2011 11:43

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