Lundi, 01 Août 2011 12:50
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« Rewmou Tass », ou la malédiction du Palais

« Le Palais Maudit », ou (Rew mou tass), c’est l’intitulé du téléfilm réalisé par le journaliste Ibrahima Benjamin Diagne, et dont la projection prévue au cinéma de Mbacké le 10 octobre 2008 avait été interdite par un arrêté préfectoral qui laissait entendre que la diffusion était de nature à occasionner des troubles à l’ordre public. Bienvenue dans la censure des œuvres cinématographiques après la censure non officielle des livres contre le pouvoir au Sénégal.

Ibrahima Benjamin Diagne est jeune écrivain, metteur en scène et journaliste lauréat en 2003 du Prix de la francophonie catégorie Radio à Paris. Correspondant régional de la Radio Futurs Médias à Kaolack, Benjamin Diagne est ancien directeur de la radio Disso Fm à Mbacké, et auteur d’un essai, « La guerre des dieux ou l’ombre d’une profession », publié en 2007 aux éditions Fondation Fleurs de Lys au Canada puis aux éditions V2 au Sénégal. L’ouvrage qui aborde les difficultés liées à l’exercice du journalisme au Sénégal et basé sur ses propres expériences, est préfacé par le sociologue Mor Faye, enseignant chercheur en médias et communication à l’université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal.

Journalistes au cœur des relations politico-religieuses

Le livre met les pieds dans le plat des relations entre les médias et le milieu politico-religieux sénégalais, sources d’incompréhensions, parfois de tensions entre les tenants des pouvoirs temporel et spirituel, et les professionnels des médias. En atteste cet extrait de la préface du sociologue selon qui « Ibrahima Benjamin Diagne met le doigt sur un (…) danger qui menace la liberté de presse dans son pays : le pouvoir maraboutique ou le pouvoir des chefferies religieuses qui représentent un poids très important au Sénégal. Non pas parce que les Marabouts ou hommes religieux locaux sont foncièrement contre la presse, mais parce que surtout certains de leurs disciples versent très souvent dans le fanatisme qui fait que le journaliste sénégalais, sur des questions relatives à ces chefferies religieuses, peut être sérieusement inquiété dans son intégrité physique et morale. »

L’année 2008 voit un tournant important dans la carrière du journaliste à la plume acerbe, lorsqu’il s’essaie à l’écriture cinématographique. « Le Palais maudit », son premier long-métrage, est dédié à un pair du cinéma africain à qui il rend hommage : Ousmane Sembène, l’écrivain, réalisateur, acteur et cinéaste sénégalais décédé en juin 2007. Mais c’est la région de Fatick et précisément la localité de Somb, lieu de naissance de la grande diva Yandé Codou Sène, que Benjamin Diagne a souhaité immortaliser dans un de ses reportages diffusés sur RFM. « Mon plus beau reportage, je l’ai réalisé sur Yandé Codou », dira celui qui, la peur au ventre a bravé l’obscurité, la pluie battante, les serpents et autres reptiles sur le chemin qui mène de Diakhao à Somb, le village natal de la cantatrice. Toutefois, c’est à l’Afrique tout entière et à la lutte pour le pouvoir que le journaliste consacre ses débuts dans le cinéma.

« On a beaucoup de présidents comédiens en Afrique »

Tout au début du téléfilm aux abords du « Palais Maudit », on peut entendre des coups de canon, on aperçoit de la fumée partout et des scènes d’émeutes qui rappellent un pays état de siège. La musique de Tiken Jah Fakoly « Mon pays va mal », vient assombrir le décor funeste que décrit l’auteur sous l’œil de la caméra, renvoyant à ces maux innommables dont souffre l’Afrique, un continent dont le devenir est entaché par la lutte pour le pouvoir. Par le biais de la fiction, le journaliste effectue une plongée dans l’histoire de Varang, un pays imaginaire qui « accède à l’indépendance après 40 ans de lutte armée ». Au cœur de ce drame contemporain, un personnage principal dénommé Weurseuk Pouye, qui s’avère être le président de la République de Varang. Il porte une cravate et des lunettes teintées, et son déguisement rappelle le célèbre comédien Sanekh. Est-ce pour tourner en dérision les chefs d’Etat africains ? « On a beaucoup de présidents comédiens en Afrique », ironise Benjamin Diagne qui renseigne que Weurseuk Pouye n’en est pas moins spécialiste de l’auto flagellation. « Je suis Weuseuk Pouye, fils d’un tel et d’un tel… », crie-t-il devant ses griots et laudateurs, dont les rôles se confondent parfois avec le journalisme. Des laudateurs qui sont omniprésents dans les médias, la « télévision Varangaise » pour ne pas la citer, très branchée sur Weurseuk Pouye, héritier d’un palais où tous les présidents tombent sous le coup de la fatalité. Mais à la question de savoir comment est-ce qu’il est arrivé au pouvoir ? « Par la force », rétorque le président Weurseuk. Un clin d’œil à ces dirigeants africains qui consacrent tous leurs effets à accéder au pouvoir et qui ne compte le quitter que dans un cercueil.

Par ce long métrage plus que d’actualité, Ibrahima Benjamin Diagne a signé son entrée remarquable dans le monde du cinéma, mais une entrée tristement entachée par la censure de son œuvre à laquelle il a consacrée tout un investissement. Le journaliste dit toutefois regretter que son téléfilm, qui a l’air de déranger les tenants du pouvoir, soit interdit de diffusion. En attendant, Benjamin Diagne et ses reportages très prisés continuent de faire le bonheur des auditeurs de la RFM.

A quand la fin de la censure qui empêche ses compatriotes de pénétrer dans « Le Palais Maudit » ? « Certainement le jour où la malédiction quittera le Palais », semble rétorquer le journaliste devenu cinéaste. Il a annoncé un nouveau tournage du téléfilm très prochainement, avec des nouveaux des acteurs, mais cette fois-ci en version française. De quoi se consoler à l’idée de pouvoir diffuser son œuvre à l’étranger pour contourner la censure.

Par Momar Mbaye

 

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