Samedi, 20 Août 2011 15:50
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Audience de Balla Gaye 2 au Palais : INCURIE Favori

L’opération incertaine qui s’est déroulée lors de la rencontre entre le président sortant Abdoulaye Wade et le champion de lutte Balla Gaye 2 vise à transférer le fichier du fans’ club du lutteur sur le compte du candidat. Comme par miracle. En marketing, cela s’appelle celebrity endorsement et consiste à faire porter la promotion d’un produit par une célébrité. L’alchimie attendue est que le consommateur (ici l’électeur) transpose sur le produit l’admiration qu’il éprouve pour la vedette et les qualités qu’il lui reconnaît.

 

Ceux qui ont impliqué Wade dans cette farce coûteuse sont convaincus que la notoriété achetée à coups de millions de francs CFA, de véhicules et autres libéralités, peut se balader de l’arène au terrain de la politique. Ils se trompent lourdement. Aucune translation ne peut rendre opératoire un syllogisme aussi faux que celui-ci : «Je suis supporter de Balla Gaye 2/Or Balla Gaye 2 est supporter de Abdoulaye Wade/Donc je suis supporter de Abdoulaye Wade». Le lutteur peut remplir le stade Léopold Sédar Senghor. Il n’est pas sûr qu’il puisse remplir un seul bureau de vote.

L’erreur porte également sur une méconnaissance manifeste des profils si différents des amateurs de lutte. Il ne s’agit pas seulement des jeunes supporters survoltés. Il y a aussi les adultes mûrs qui, en matière électorale, ont fait depuis longtemps leur choix, quel qu’il soit, et n’attendent pas les directives d’un jeune athlète, certes talentueux en ce qui concerne les choses de l’arène (danses, bagarres et prises déstabilisatrices), mais qui doit encore tout apprendre de la politique.

Le danger ne réside pas seulement dans la faillite logique de ce raisonnement bancal. Il se situe à deux autres niveaux. D’abord l’application fidèle d’une technique de vente avec une naïveté qui doit faire rire les spécialistes du marketing (politique ou non). Aucun tact. L’acquisition, rubis sur l’ongle, de la notoriété du champion qui, en échange, proclame son adhésion à la cause du candidat, en attendant d’en connaître le programme, le projet politique et les alliances.

Le second danger est le transfert, éventuel, celui-là, de toute la violence dont vibre la lutte sénégalaise dans le champ très réceptif de la politique. Les combats les plus anodins donnent lieu à des démonstrations de brutalité de la part de jeunes supporters, déçus ou enthousiastes, qui se constituent en bandes et dévastent souvent tout sur leur passage. Au point que le Comite de national de gestion de la lutte a dû mener campagne contre la violence dans l’arène. La rencontre entre Balla Gaye 2 et Tyson ne s’est pas terminée avec le verdict des arbitres. Elle s’est prolongée dans les banlieues par deux meurtres et des viols. Les joutes électorales à venir devraient plutôt être sécurisées par rapport aux risques que représente ce personnel.

A moins que le but de la manœuvre ne soit précisément de les faire venir pour les mettre face à ces autres jeunes mobilisés par l’opposition, des organisations de la société civile et le mouvement Y en a marre et qui se sont jurés de ne pas laisser Abdoulaye Wade briguer un troisième mandat. Dans ce cas, oui, il y a risque que de nouveaux acteurs n’envahissent le terrain politique avec une licence de lutte d’un nouveau genre : l’autorisation d’exercer la violence sur ceux qui ne partageraient pas les options politiques de leur idole. Le choix d’un champion de la banlieue n’est pas fortuit, non plus, car elle est l’un des principaux enjeux pour remporter l’élection présidentielle. Or la popularité de Wade y est manifestement en baisse.

Mais, même dans ce cas, que faire des autres écuries qui, elles, n’ont pas bénéficié des largesses du président-candidat ? Alors qu’elles ont, elles aussi leurs jeunes exaltés qui trouveraient à redire si leurs champions sont négativement discriminés, sans aucun des princiers cadeaux que le président a offerts ou promis à Balla Gaye 2 ? Jusqu’à quelle hauteur le contribuable sera-t-il sollicité pour financer des écoles de lutte, les équiper, les doter de véhicules etc. sans parler des enveloppes pour les champions ?

Ce n’est pas la première fois que les écuries de lutte sont sollicitées pour renforcer les campagnes politiques et fournir de la figuration tutélaire aux candidats. Abdou Diouf avait bénéficié du soutien de Tyson en 2000. Moustapha Guèye ne cachait pas ses sympathies pour Idrissa Seck. Mais pour la première fois, les lutteurs sont inscrits dans des programmes de recrutement politique, dans le cadre de la mise en œuvre d’un plan de communication électoral.

Mame Less Camara - Populaire

 

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Dernière modification le Samedi, 20 Août 2011 16:06

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