Samedi, 22 Octobre 2011 13:17

Kadhafi, chapeau bas ?

« Quand on dit qu’il y a guerre [impérialiste] dans un pays, ça signifie que des bandits de grand chemin se sont partagé le pays. Ils se sont partagé la richesse ; ils se ont partagé le territoire ils se sont partagé les hommes. Ils se sont partagé tout et tout le monde entier les laisse faire. Tout le monde entier les laisse tuer librement les innocents, les enfants et les femmes », Amadou Kourouma, Allah n’est pas obligé, Editions du Seuil, Septembre 2000 p.49

 

 

Prendre la plume pour dénoncer la mort aussi tragique que mystérieuse de Kadhafi, peut paraître, à l’heure de la domination technico-idéologique à outrance, un acte isolé d’un fieffé ignorant. Mais j’avoue d’emblée que je me fiche pas mal des étiquettes et je prends de façon sensée et réfléchie le risque de condamner tout ce qui se cache derrière cette traque à l’homme sans nom.

Les puissances Occidentales nous ont tellement fait gober toute sorte de balivernes, de couleuvres, nous ont fait accepter sans aucune critique leurs fausses idéologies humanistes, que l’on considère nos voisins, nos proches comme des pestiférés. L’histoire est plus objective et elle nous est témoin, alors interrogeons la tant soit peu afin de comprendre les motivations bien préparées qui sont derrière cette mort tragico-comique.


Primo : les puissances Occidentales nous affirment à tout va que Kadhafi est un dictateur sans aucune considération humaine, l’humanisme, Kadhafi ne connaît pas.


Secundo : Elles peignent Kadhafi comme un pestiféré ayant promis à son peuple une rivière de sang.

 

Tertio : Elles affirment que Kadhafi bafoue, foule aux pieds les lois, les leurs bien sûr, les droits de l’homme.

 

Analysant de tels arguments rafistolés par ceux qui veulent faire et font d’ailleurs le monde contemporain, les occidentaux, j’en ris de colère, car c’est tellement ridicule et espiègle, « Des prétextes ? Qui veut peut en trouver » disait Birago Diop (Les nouveaux contes d’Amadou Koumba (Paris, Présence africaine, 1961, p39) De tels arguments ne méritent pas qu’on s’y penche, car leur vacuité est manifeste. Ce sont des arguments purement subjectifs, négationnistes et motivés que par des intérêts. Ils ne mettent jamais l’autre facette que nous, jeunes africains, avons aimée de Kadhafi, du guide de la révolution de 1969. Nous savons tous qu’il était convaincu que seule une Afrique unie et forte pouvait faire face à l’impérialisme moribond de l’Occident que Cabral définissait à juste titre d’ailleurs comme « l’expression mondiale de la recherche de bénéfices et l’obtention de plus-values toujours plus grandes de la part du capitaliste monopoliste et financier, accumulé dans deux régions du monde : En Europe d’abord et par la suite en Amérique du Nord » (L’arme de la théorie, Paris, Maspero, 1975 p.292.), à la domination culturelle, idéologique et avec toutes les conséquences qui vont avec.

 

Kadhafi s’opposait farouchement aux Occidentaux et à leur domination voilée (même pas). Et cela dérangeait dans les hautes sphères qui régentent le monde contemporain.

L’Afrique est passée par toutes les nuits noires, toutes les misères dont la majeure partie portent la marque de l’Occident. Le colonialisme et l’impérialisme directs ne pouvant plus être acceptés (il faut d’ailleurs relativiser), l’Occident procède de manière subtile et indirecte pour perpétuer une certaine domination afin de faire main basse sur nos richesses. C’est ainsi qu’elles (les puissances occidentales) ont armé et aidé de faux révolutionnaires, de révolutionnaires qu’ils ont créés de toutes pièces pour détruire le régime étiqueté de sanguinaire

 

De telles puissances nous parlent de droits de l’homme, d’humanisme qu’elles bafouent paradoxalement au quotidien : combien de civils leurs bombardements ont-ils massacré ? Combien d’innocents ont péri sous les frappes impérialistes de telles puissances ? Combien d’infrastructures ont été détruites par leur acharnement ? Elles ont détruit la Libye Et veulent après collecter des fonds pour aider les libyens à reconstruire leur patrie, c’est aberrant, car il est insensé de vouloir reconstruire ce que l’on a détruit de manière aussi mécanique que volontaire.

 

Ne soyons pas, nous jeunes Africains qui rêvons d’une Afrique forte, dupes ; nous savons que la Libye ne renaîtra jamais de ses cendres, elle est condamnée à une éternelle reconstruction, par des guerres intestines. C’est plus qu’une lapalissade, la Libye a été détruite par les frappes de l’OTAN. L’Occident avec l’exemple de la Libye vient de créer un nouvel Irak, un second Irak, Walahé comme aurait dit Kourouma.

 

La Libye n’est plus indépendante. Les bombardements de l’OTAN ne visaient qu’une chose ; le partage du butin : pétrole. Kadhafi a été massacré pour le pétrole, pour des intérêts stratégiques, le scandale Elf reste encore vivace dans les mémoires, les révélations de Bourgi aussi décousues qu’elles paraissent révèlent pourtant une chose : l’Occident se sucre, pour parler de manière basique, sur le dos de l’Afrique

Kadhafi est retourné au pays natal pour y mourir, d’une belle mort j’allais dire, d’une mort qui partagera à jamais les Africains ; certains auront de la sympathie pour lui, il restera un martyr à leurs yeux, d’autres garderont l’image caricaturale de dictateur invétéré véhiculée. La mort de Kadhafi, ce bédouin fier jusqu’aux bouts des ongles sonnera sans doute soit le début de guerres civiles et tribales soit le début de l’effectivité de la domination occidentale en Libye. Les Occidentaux ont raison d’applaudir à la mort de Kadhafi car pour eux elle symbolise des lendemains qui chantent pour leur économie macabre.

Ce qui choque dans cette tragédie c’est l’attitude de ce pseudo humaniste philosophe qui se prend pour le messie en quête d’une reconnaissance alors que quand les Palestiniens sont massacrés de l’autre bout du monde, il est bouche cousue. En Libye, il n’a apporté que des massacres.

Les Occidentaux ne voulaient plus de Kadhafi, car il s’entêtait à réserver la Libye qu’aux Africains et voulait une unité Africaine effective, l’autonomie de l’Afrique (banque centrale africaine), ce que ces derniers considèrent comme une aberration.

Les mots ne sauraient ainsi suffire pour rendre compte de la tragédie humaine. Pourtant la Libye de Kadhafi était sur une bonne voie, une Libye homogène (noirs, arabes, métis tous confondus) sans aucune distinction, elle était antiraciste (la majeur partie des membres de la cour de Kadhafi était des gens de couleur). Les femmes assumaient de hautes fonctions tout comme les hommes. Même s’il est décrit comme un fieffé dictateur imposant ses convictions, son socialisme africain, il satisfaisait entièrement sa population. Il a transformé ce grand pays désertique en le dotant de grandes infrastructures, en le modernisant. La Libye sous Kadhafi était un modèle prospère de développement, lacs et fleuves gigantesques créés pour favoriser un développement agricole sans précédent. Ce qui permettait aux autres Africains d’aller y gagner leur vie à la sueur de leur front.

 

Ainsi même si on le décrit comme un dictateur sanguinaire, il demeure qu’il a été toujours au chevet des pays Africains qui étaient dans le besoin afin de leur permettre de rompre avec le colonialisme Occidental. Il faut même rappeler que c’est lui qui a soutenu Mandela et l’a aidé quand on le qualifiait de dégénéré révolutionnaire. Même si son goût pour le faste ne faisait l’ombre d’aucun doute, son panafricanisme ne saurait être mis en doute. Il a tellement aidé les pays africains tant dans la construction d’infrastructures que dans le financement de divers projets. Il était un grand panafricaniste, même si son panafricanisme était assez zélé, il était fier d’être africain et avait foi en l’homme noir. Pour lui, l’unité Africaine était plus qu’une exigence, son existence était vitale.

 

Les Occidentaux nous ont fait gober des arguments aussi saugrenus que ridicules, Kadhafi et ses hommes procédaient à des viols collectifs, nous rabachaient-ils, sans aucune forme de preuve. Au contraire le CNT, organisé et soutenu par les Occidentaux, a violenté les hommes noirs, car disait-il, ils soutenaient le guide. Ce qu’il faut retenir de cette tragédie c’est que sous les traits caricaturaux de Kadhafi, on peut y voir ceux des membres du CNT qui se réjouissent des rivières de sang, des morts d’hommes.

Ce qu’il faut retenir dans cette comédie tragique orchestrée de toutes pièces par les Occidentaux chez « ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre » pour parler comme Césaire (Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Présence Africaine, 1983, p.46), c’est la posture changeante de l’Occident au gré de ses intérêts et du temps historique. Pour mémoire, les Occidentaux ont étalé le tapis rouge à Kadhafi, ses amazones et ses tentes, pour faire son apologie. Lol j’allais dire pour être dans la mouvance du temps, mais il ne faut pas en rire. Il faut voir derrière ces politiques qui croient souvent que le ‟monde avance par le mauvais côté” (Marx), le cynisme sans nom des puissances Occidentales qui s’unissent (elles essaient de tout faire pour sauver une Grèce aux abois) tous en nous déchirant, nous Africains. Hélas, quelle triste réalité.

L’Afrique a perdu, un grand défenseur du panafricanisme, et nos soleils des indépendances deviennent hypothétiques, ils ne sont pour demain, nous dépendons d’une ordalie occidentale toute faite et injuste aussi bien dans le fond que dans la forme. Pourquoi des criminels comme BUSH ne sont pas jugés ? Alors qu’il a massacré un pays tout entier pour des armes de destruction massives dont lui seul a vu dans ses rêves, un pays qui sans doute ne se remettra jamais des affres de ce criminel. C’est la raison du plus fort dans la fable de La Fontaine « Le Loup et L’agneau » que nous avons tant récitée à l’école. Les Occidentaux, Français, Anglais, Italiens, Américains, c’est du pareil au même kif-kif, ils veulent s’enrichir comme des moro-nabas. Ce ne sont que les Africains et les moins puissants qui doivent répondre devant la cour pénale.

 

Les Occidentaux ont massacré celui qui autrefois incarnait la grandeur de la Libye. Le motif de l’opération commando en Libye est aussi vide que spécieux « protection de civils » comme ce fut le cas avec Saddam Hussein en 2003, on cherchait des armes qui n’ont d’existence que de noms. Le motif non voilé est tout simple, faire tomber Kadhafi devenu une menace pour l’Occident. Il est certes tombé, mais n’oubliez jamais ces paroles de Birago « Ceux qui sont morts ne sont jamais paris : ils sont dans l’ombre qui s’éclaire, Et dans l’ombre qui s’épaissit. Les Morts ne sont pas sous la Terre : Ils sont dans l’Arbre qui frémit, Ils sont dans le Bois qui gémit, Ils sont dans l’Eau qui coule, Ils sont dans l’Eau qui dort, Ils dans la Case, ils sont dans la Foule : Les Morts ne sont pas morts » (Leurres et lueurs, Paris, Présence Africaine, 1960). Loin de s’inscrive dans une perspective de retour des gnâmas ou des mânes des ancêtres, on veut dire par là que l’immaculée idéologie de l’Occident ne nous empêchera pas de faire nôtres certaines grandes idées de Kadhafi, elles demeureront vivaces.

 

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Dernière modification le Samedi, 22 Octobre 2011 13:24
Le Vigile du quartier

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Xuli Bët - Rédacteur en chef de la Rue Publique.net

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