Mardi, 18 Janvier 2011 19:43
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Quand la lutte fait l'actualité et prime sur le quotidien des sénégalais Favori

La lutte sénégalaiseC'est bêtise de déprécier son ennemi avant le combat, et bassesse de l'amoindrir après la victoire, a eu raison de dire Johann Wolfgang von Goethe. Ces derniers temps, l’actualité au Sénégal est fortement marquée par la lutte. Entre chute, quatre appuis, KO et chorégraphie rocambolesque , les Gorgorlu s'affairent sans trêve autour des débats sans issus.

 

À la place de trouver une panacée par rapport aux longues souffrances que subisse la plèbe, le débat est axé sur la belle victoire du lutteur de son coin et sur la contestable défaite de l'aute. Réunis au tour du « Barada et du fourneau » pour les « 3 normaux »*, le temps que le « Leuweul » soit servi, les soit-disant spécialistes de lutte se mettent à commenter les combats sans en rater aucun détail. Pire, après certains combats on assiste à des batailles rangées entre supporters qui peuvent même aller jusqu’à entrainer mort d’hommes. Que ça soit au marché, dans les bureaux, les postes de polices, les services d'états civils et même dans les hôpitaux, les commentaires fusent de partout et de loin en simple observateur nous pouvons déchiffrer les mouvements et actions de certains qui vaille que vaille tiennent à reproduire les actions du combat dans leurs explications. Ils sont tous des lutteurs en herbe. Ou bien devrai-je dire, nous sommes tous des lutteurs. Le vocabulaire de la lutte nous est tous devenu familier, « baak », « roffo », « mbot », « ndeguegne », « caxabal » …


L'information gagnée par la lutte

Le quotidien d’information intitulé Lamb J prend le devant des journaux les plus lus. Le magazine hebdomadaire, Jeune Afrique, entre autre a perdu une grande part de marché chez les lecteurs. Les personnes, les plus en vue restent de loin les lutteurs. Succinct, elles font la fierté de toute une nation. Les écuries de même que les écoles de luttes poussent comme des champignons dans les quartiers dépassant même souvent le nombre de centres de santé et d'école. N'est pas lutteur qui veut, mais le constat semble prouver le contraire, les plages et les salles de musculation refusent du monde les après midi. Les promoteurs de lutte très sollicités s'érigent en star, chaque lutteur veut avoir un combat avant la fin de la saison en cours.

Les Directeurs des chaines de télé se font la guerre juste pour des droits de diffusion des combats. Leur cœur de cible constitue sans aucun doute les amateurs de lutte avec frappe. Désormais, la bataille des grilles de programme s'articule autour des émissions sur la lutte. On se rappelle bien l'émission de lutte « sport de chez nous » animé par le feu Moustapha Ndiaye, émission suivie en son temps que par des vieux et simples passionnés de la lutte. Maintenant, « Bantamba » le mardi sur la 2stv, « Caxabal » le lundi sur la Rts1, « Roffo » le mardi sur la Tfm, « Xam sa mbeur » le mercredi sur la RDV, « Jël bi » sur Canal info News le jeudi et « Lamb Ji » le dimanche sur Walf Tv, les chaines de télé courent derrière l'audience et nous livrent les mêmes contenus dans leurs émissions. Si la lutte va jusqu’à créer une guerre entre les chefs de média, il n'en demeure pas moins entre les chefs de confréries et les promoteurs, c'est tout simplement désolant. Jack London a eu raison de dire "Si la gloire apporte l'argent, j'attends la gloire ; si la gloire n'apporte pas l'argent, j'attends l'argent".


Lutter et devenir riche

La lutte a pris de telle proportion qu’on en parle partout. Si vous vous amusez à interroger un enfant que veut-il devenir? Il vous répondra sans aucun doute : Lutteur. Et vous lui demandez pourquoi ce choix? Il dira: je veux avoir des millions pour aider ma mère. Cet enfant aura-t-il la chance de rester à l’école? Est-ce-que le Sénégal doit-il compter sur cette génération pour assurer la relève dans les différentes fonctions de l’État?


Interroger un lutteur à commenter sa victoire, il ne sait que dire: je remercie Dieu et son Prophète Mohamed (PSL), je remercie ma mère. Si j’accepte de me donner en spectacle c’est pour elle. Je remercie un tel car c’est lui qui me donne à manger tous les soirs. Il encaisse ses millions en une fraction de seconde car le duel contre son adversaire ne dure que de quelque temps. Alors que juste à coté, un diplômé qui a passé toute sa vie à étudier a du mal à s’acheter un sachet de café. La vie est-elle injuste jusqu’à ce point ou c’est les gens qui le sont?


Un des promoteurs de lutte est surnommé Don King. Peut être qu’il ignore beaucoup qui est cet homme et pourquoi les gens l’appellent ainsi. Tout ce qui les intéressent c’est l’argent, le reste ils s’en fou. Comment font-ils ces promoteurs pour être en mesure de payer des cachets qui dépassent de loin les Cent millions? Y’a combien de combats dans l’année, ainsi les sponsors ont-il un si grand budget qui leur permet tout le temps de couvrir ces événements? En tout cas nous avons du mal à comprendre leur politique.


Lutter pour l'arène ou lutter pour la vie ?

Certes, la lutte présente un certain avantage. On constate que beaucoup de gens s’adonnent à cette activité si lucrative et ils parviennent à subvenir à leur besoin donc une réduction du taux de chômage. Et aussi les bien musclés choisissent de montrer leur masculinité dans l’arène plutôt d’agresser les plus faibles. Mais c’est injuste de voir ses centaines de millions qu’on injecte dans l’arène alors qu’on pouvait penser aussi aux gens les moins musclés, qui n’ont comme force leur stylo et leur savoir. Un ami me disait qu’il regrette amèrement d’avoir perdu trop de temps dans les études. S’il pouvait refaire ses muscles pour entrer dans l’arène et se taper de ces millions.


A quoi bon muscler son cerveau de connaissances livresques pendant de longues années si on évolue dans un pays ou les personnes les plus aisées et les plus importantes constituent sans moindre doute ceux qui choisissent les travaux les moins fatigants ?

 

" L'Élève: Pourquoi les gens cherchent toujours à être riche ?

Le Maître: Parce que les seuls problèmes que l'argent peut résoudre sont des problèmes d'argent. Les gens se ruinent la santé pour devenir riches et dépensent ensuite tout leur argent pour recouvrer la santé. "

Choisit qui veut !

 

 


 

* Faire le thé, couramment appelé ATAYA au sénégal


Cet article a été re-pubilé par :

http://www.en-afrique.info/?quand-la-lutte-fait-l-actualite-et

 

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Dernière modification le Mardi, 01 Mars 2011 18:04
Ziz le thianeur

Ziz le thianeur

Le mec que tu vois au coin de la rue avec son barada et le petit fourneau, celui là avec son pli de journaux et son stylo, lui avec sa tête poilu et son petit bonnet dessus... Éhhh oui, c'est moi, celui qui passe son temps dans le quartier à faire du thé en longueur de journée...

 

Me voici, Ziz' le Thianeur, pour vous servir!

Site web: www.ruepublique.net

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